Des idées communes qui suivent le balayage du sismographe en colère. Oui la Terre hurle, mais le monde est sourd. Ce n'est pas tant le mouvement, ni le bruit, mais ce vide qui précède la tempête. Ces quelques heures de latence, à attendre, attendre l'irréparable, attendre la fin...Une chose se termine, une autre renaît, etc. La chaîne de la vie, immuable, continue. Une fin reste une chose personnelle, mais l'inconscient connaît la suite logique à cet événement : décomposition, recomposition, le monde ne s'arrête pas de tourner sans nous...Au contraire, il se nourrit de nous. Aliment périmé d'une époque glorieuse, nourrissant les enfants d'une génération déjà fatiguée de devoir supporter les erreurs de nos pères. Quel beau testament... Aussi la tragédie est-elle insupportable et on envisage le pire tous les jours pour se préparer au dernier, celui ou « enfin », le pire arrivera, venant nous délivrer d'une vie bizarre, une vie que l'on a pas savourer, parce qu'on avait même oublié qu'il fallait savourer la vie. Etrange constat, arriver au bout du chemin, se retourner, et voir ce que l'on a raté.
On dit des rêveurs qu'ils rêvent trop, mais que dire à ceux qui ont oubliés de rêver, et qui en définitif, sur la ligne d'arrivée, vous supplie un peu de rêve, juste un petit nuage...Cette fin personnelle est atroce, douloureuse, pour tous, mais surtout pour celui qui part. Nous allons te pleurer camarade...
Mais si nous partions tous ce soir ? Écroulé sous le poids de notre bêtise, meurtrie par le choc avec notre faiblesse, soumis face à notre égoïsme, mourant devant notre indifférence...A ce moment précis, l'Homme, dans sa globalité, dans sa différence, dans sa complexité, pourrait alors voir toute l'horreur devant ses yeux. Le reflet d'une vie, et d'une éternité, à chercher la mutilation par tous les moyens possibles. Devant ses yeux, le soir de l'Apocalypse, il verra toute son erreur, il se maudira d'avoir laissé faire ça, lui, et toute l'humanité complice de ses crimes. Il cherchera le pardon, la rédemption...Mais demain, après minuit, il n'y aura plus rien. Le vide absolu, le néant. Cette sensation angoissante du total abandon, châtiment ultime a notre faute à tous.
C'est à ce moment là, à ce moment précis, lorsque le sismographe indiquera l'heure de la fin du monde, que les Hommes regarderons leurs échecs en face, et le reconnaîtrons. Toutefois, tous ces criminels, ces suicidaires, assassins de leurs berceaux, ne vivrons pas leurs morts seuls. Tous, nous nous retournerons, pour chercher du regard quelqu'un à enlacer, quelqu'un à embrasser, quelqu'un à aimer. Tous, nous chercherons un dernier regard, un dernier sourire, un dernier mot d'amour...C'est dans le pire moment de notre existence qu'enfin nous nous disons je t'aime...


